Ski de rando et bulletin avalanche : bon réflexe ?
Rédacteur web SEO
Bulletin d’avalanche, un outil incontournable en ski de rando et freeride… à condition de bien l’utiliser. Découvrez notre topo sur le bulletin avalanches.
Le bulletin d’avalanche : comment bien l’utiliser pour skier plus sereinement
Le bulletin d’avalanche est un allié pour votre sécurité en ski de rando et en freeride. Mais il peut être mal compris ou mal interprété. Conçu pour estimer le risque avalanche à l’échelle d’un massif ou d’une région, ce bulletin est une information complémentaire à intégrer dans une analyse globale. Savoir interpréter le bulletin avalanche, faire une bonne évaluation du risque et ne pas se restreindre au seul bulletin, est aujourd’hui indispensable. C’est de cette manière que vous évoluerez de manière responsable en montagne hivernale.
Qu’est-ce qu’un bulletin d’avalanche ?
Les origines du bulletin
Le bulletin d’avalanche est disponible au niveau international depuis plusieurs décennies. Créé en 1945 en Suisse, il a notamment été mis en place en France en 1970, suite à une avalanche meurtrière à Val d’Isère. Il est dénommé BERA (Bulletin d’Estimation du Risque d’Avalanche) dans l’Hexagone.
Le bulletin décrit notamment l’état du manteau neigeux et le niveau de danger d’avalanche.
En Europe, une échelle européenne de risque d’avalanche a été adoptée par tous les pays de l’arc alpin en 1993. Cela a signé la naissance du bulletin avalanche moderne.
Le bulletin d’avalanche est structuré toujours de la même manière. Il se réfère à une échelle de risques bien définie, et propose des informations complémentaires. Il est réactualisé une fois par jour en France, deux fois par jour en Suisse.
Des points positifs à souligner.
L’ambition du bulletin d’avalanches, qui avait été conçu pour les collectivités et les gestionnaires d’infrastructures, est d’informer tout le monde, pratiquants inclus.
Le bulletin avalanche, un outil qui affiche ses limites
Le bulletin avalanche est utile, comme le confirme Robert Bolognesi, nivologue et Directeur du bureau d’études Meteorisk. « Le bulletin avalanche est un outil qui aide à prendre la toute première décision, c’est-à-dire décider si je sors ou si je ne sors pas. Mais les gens l’utilisent mal car ils pensent que le bulletin va les aider à choisir leur itinéraire, ou à décider s’ils doivent prendre telle ou telle pente. Or, le bulletin n’est pas assez précis à ce niveau et ne donne pas ces informations-là. Il est toutefois utile pour prendre une décision la veille, à la maison », juge le scientifique.
Le bulletin avalanche est donc un outil d’aide à la décision, mais qui nécessite des compétences pour être bien utilisé. Cela suppose un minimum d’expérience du terrain. Le bulletin doit aussi être impérativement complété par une vraie analyse du risque. C’est de cette manière qu’en tant qu’amoureux du ski de randonnée ou du freeride, vous pourrez rider en sécurité.
Le chiffre du risque avalanche : un repère… mais pas une garantie
L’échelle de risque d’avalanche, de 1 à 5
Sur un bulletin d’avalanche, l’échelle de risque comporte plusieurs indices de risques :
- Indice de risque 1 : Risque faible (manteau neigeux bien stabilisé) ;
- Indice 2 : Risque limité (manteau neigeux modérément stabilisé dans quelques pentes) ;
- Indice 3 : Risque marqué (manteau neigeux modérément à faiblement stabilisé dans de nombreuses pentes suffisamment* raides)
(* Expression utilisée en France, la Suisse a refusé ce terme) ; - Indice 4 : Risque fort (manteau neigeux faiblement stabilisé dans la plupart des pentes suffisamment* raides) ;
(* Expression utilisée en France, la Suisse a refusé ce terme) ; - Indice 5 : Risque très fort (instabilité du manteau neigeux généralisée).
Vous pouvez retrouver ici un exemple d’échelle de risques pour la France
Exemple d’échelle de risques pour la Suisse
Ces indices de risque ne doivent cependant pas apparaître comme une garantie absolue pour les amoureux du ski de rando, de freeride et des autres pratiques. En particulier le degré de risque 3.
Sachez que « degré de risque » est une expression utilisée en Suisse ; en France on parle de « niveau de risque ».
Pourquoi le niveau 3 est souvent sous-estimé
Roberto Bolognesi tire la sonnette d’alarme : « Il y a beaucoup de gens qui se font prendre par une avalanche et qui décèdent, par risque 2. Par ailleurs, pour certains, le degré 3 inscrit sur le bulletin est un degré moyen de risque, pas très dangereux et donc ils peuvent aller skier. Ils se trompent complètement et devraient lire la définition du degré 3, pour comprendre qu’il est dangereux pour des skieurs. La réalité est que le degré 3 correspond à un danger marqué. Le milieu de l’échelle serait plutôt vers 2. »
Le nivologue suisse complète son explication : « En degré 3, il est fréquent que des skieurs soient pris dans des avalanches après s’être fiés au bulletin. Le degré 3 couvre beaucoup de situations très différentes. Il y a des cas où il y a peu d’avalanches, mais elles sont assez grosses. Je pense notamment aux avalanches de printemps, instables en seconde partie de journée, surtout sur les versants sud les plus raides.
Le degré 3 décrit aussi des situations où il y a beaucoup d’avalanches partout, mais pas de grandes avalanches. Dans le premier cas, ce n’est pas très dangereux pour le skieur, dans le deuxième cas oui. Les skieurs qui n’ont pas de grosse expérience n’arrivent pas à faire la distinction et peuvent se mettre en danger.»
Roberto Bolognesi met également en garde les pratiquants, en cas d’indice de risque 4 : « En degré 4, on peut sortir et faire du ski hors-piste. Mais quand on est débutant, on prend un sacré risque. Un débutant doit donc se fixer comme règle de ne pas sortir un jour de degré 4, et attendre de progresser par les jours de degré 2. Eventuellement par degré 3, en étant accompagné. Au bout de 200 à 300 ou 500 sorties, le pratiquant aura pris de l’expérience et pourra commencer à se poser la question de sortir par degré 4. »
L’analyse de Dominique Perret, cofondateur de WEMountain
Pionnier du freeride, Dominique Perret a son avis sur la question du bulletin d’avalanche et sur les indices de risque. Il s’est livré à ce sujet dans une chronique pour le média Outside.
« Pendant ma carrière, je dois l’avouer, je n’ai jamais été un grand fan du bulletin d’avalanches. Non pas parce qu’il ne sert à rien, c’est un outil qui peut être utile quand il est disponible, mais surtout parce qu’on lui attribue un rôle qu’il ne peut souvent pas tenir. Le bulletin n’est pas un feu vert ni un feu rouge. Ce n’est pas une autorisation de rider. C’est une information, une moyenne, pensée au départ pour protéger nos routes, nos villages, nos trains, bref, nos infrastructures collectives, et seulement ensuite adaptée, tant bien que mal, au monde des skieurs. On lit degré « 2 » ou « 3 » comme on lit la météo. Pourtant, entre un 2–, un 3+ ou un 4–, le danger ne grimpe pas gentiment : il explose. Et, à l’intérieur d’un même niveau 3, par exemple on peut avoir des poches de stabilité relative à 4 et d’autres à 2… Des pièges à retardement », a livré le Suisse.
Bulletin d’avalanche et faux sentiment de sécurité
Le bulletin, un complément d’information
Prudence est mère de sûreté et de sécurité en montagne. Savoir bien interpréter le bulletin d’avalanche est crucial, mais il ne doit être pas le seul outil d’évaluation du risque. Comme le martèle Dominique Perret, en tant que pratiquant de ski de randonnée ou de freeride, le bulletin avalanche doit vous servir d’information complémentaire. Pas d’unique motif de validation de votre sortie ski et de prise de décision. Considérer un bulletin d’avalanche favorable comme une garantie, c’est faire un « raccourci décisionnel » et négliger que les prévisions météo ne sont pas fiables à 100%. D’autant que le bulletin couvre une région plutôt qu’un itinéraire précis, avec un niveau de risque moyen affiché pour la région concernée. Des incertitudes qui peuvent avoir également un impact sur les professionnels. « En cas de bulletin optimiste, les clients peuvent vouloir faire la descente et pas le guide. Celui-ci aura toutes les peines du monde à expliquer que, d’après lui, c’est plus dangereux localement que ce que dit le bulletin et qu’il vaut mieux ne pas y aller », confie Robert Bolognesi.
Le bulletin d’avalanche, un outil qui ne suffit pas à lui seul
Le bulletin avalanche est un outil d’aide à la décision, qui subit fréquemment de mauvaises interprétations. Il doit être complété par d’autres ressources et approches. Robert Bolognesi encourage les pratiquants à se former : « Je pense qu’il faut absolument que les gens qui pratiquent le hors-piste aient une bonne formation. Quand ils sont formés, ils commencent à être capables de faire la part des choses. Le bulletin devient alors plus intéressant pour les gens qui savent le comprendre et qui ont une certaine culture de la montagne. »
En conclusion : le bulletin informe, la formation est déterminante
Le bulletin d’avalanche informe. Il ne protège pas.
En ski de randonnée ou freeride, votre sécurité dépend de la façon dont vous interprétez le risque, observez le terrain et prenez vos décisions. Le bulletin est un allié précieux, jamais une assurance.
WEMountain, acteur majeur de la sécurité en montagne, propose justement des cours e-learning et des cours terrain. Objectif, apprendre à gérer et prévenir les risques. Une méthode centrée sur l’observation du terrain réel, focalisée sur ce qu’il y a sous les skis et dans la pente.
Ayant participé à l’élaboration de cette formation WEMountain, Robert Bolognesi nous résume ses points forts : « La formation aborde la prévention avalanche pas seulement sous l’angle de la neige. Elle parle aussi de matériel, de préparation physique et mentale, de la technique. La philosophie de WEMountain est que l’on doit tout faire pour éviter l’avalanche, et j’approuve cette vision des choses. »
Rappelons qu’environ 200 personnes meurent chaque année dans des avalanches, dans les Alpes et en Amérique du Nord. Six skieurs hors-piste ont d’ailleurs trouvé la mort les 10 et 11 janvier 2026, dans les Alpes françaises. Le nombre de freeriders et de skieurs de randonnée, lui, augmente chaque année.